
Jean-Louis Prat - Directeur de la Fondation Maeght -
tiré de l'Art en Mouvement - 4 Juillet / 15 Octobre 1992
La fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle ont été profondément marqués
par la révolution industrielle, par l'apparition de la machine et par différentes
et importantes inventions qui ont modifié notre mode de vie et de pensée,
donnant ainsi à croire que l'avènement d'un monde neuf où l'homme serait
relayé et remplacé souvent, voire tout le temps, par ce rêve mécanisé qui
le libérerait des contraintes du travail et des pesanteurs sociales et morales
lui permettrait ainsi d'accéder à un monde meilleur. Cette démarche, qui
paraît aujourd'hui utopique, était alors prônée comme une vérité, mais aussi
magnifiée et fantasmée en cette fin du XIXe siècle. Tout changeait semble-t-il
pour le meilleur des mondes. On assiste à la glorification et à l'exaltation
de l'industrie et tout ce qu'elle produit; tout s'enchaîne à vive allure,
tout se déchaîne pour nous faire croire qu'il est enfin là, ce nouveau monde.
La photographie fait son apparition, les images ainsi créées vont sous peu
s'animer et le cinéma va devenir notre septième art. Le train rapproche
désormais les provinces et les pays, la voiture permet d'aller plus vite,
de se rencontrer plus souvent, I'avion va bientôt relier les continents,
et par là même des peuples et des cultures différentes. Si par hasard, on
ne peut prendre l'un ou l'autre de ces moyens de locomotion, le télégraphe
bientôt le téléphone sont les nouveaux relais pour obtenir les nouvelles
immédiates sur les événements ou joindre les êtres aimés.
Une nouvelle beauté surgit avec l'apparition de la technologie nécessaire
à l'édification du siècle à venir. Les ingénieurs, les architectes créent
des mondes infinis et la Tour Eiffel, même si elle est contestée, semble
superbe à tous les artistes et certains s'en serviront comme emblème. Une
nouvelle dimension est donnée à l'homme par la physique et la chimie, les
découvertes incessantes devraient faire de celui-ci un être quasi invincible.
Le visible paraît rejoindre l'invisible. Les Expositions universelles montrent
ce qu'il y a de mieux et tout semble profitable à l'homme. Karl Marx rédige Le Capital et sera bientôt déifié pour une idéologie qui sera suivie, sous peu, par
des millions d'hommes qui voudront croire en cette nouvelle bible.
En cette fin de siècle, certains artistes comme Edgar Degas ou Auguste Rodin éprouvent déjà cette préoccupation du mouvement, mais seul le corps est
décrit dans sa dynamique sans que l'air du temps n'apparaisse alentour.
L'art 1900 pointe son nez, tourbillonne, tournoie, mais c'est uniquement
une manière de vivre qui y est inscrite, sans véritable concept, et la Loie Fuller semble ainsi s'élancer dans une danse extatique mais tragique. Etienne
Jules Marey et Eadweard Muybridge vont également modifier notre perception des êtres et des animaux lorsque
ceux-ci sont en mouvement. Ils utilisent pour cela la chronophotographie
pour nous permettre de décrypter l'invisible, ce que l'oeil ne perçoit pas
mais que la raison découvre désormais grâce à la science.
lls vont analyser dans ses moindres recoins le mouvement, le décomposer,
le recomposer, nous le donner à voir et à le mieux comprendre. En fait,
tout le monde veut retenir la vie dans ce qu'elle a de plus éphémère, de
plus fugace, pour être plus sûr que cela repose sur des données scientifiques,
en se reliant à une époque où l'on érige la science en religion. Dans ce
couple qui danse, dans ce personnage qui saute, dans cet autre qui court,
dans ce cheval au galop, tout est scientifiquement exact; nous sommes rassurés
et contemplons ce qu'en fait nous ne voyons pas: un instant de vie figé,
sorti de la durée et donc arraché à un enchaînement inexorable. De là à
penser que tout pourrait être modifié pour l'homme ou pour l'artiste, cela
vaut surtout pour les créateurs, inquiets de savoir que "I'art s'exprimerait uniquement par l'immobilité " comme l'écrira plus tard le philosophe Alain.
Puisque tout change, tout bouge, tout va aller de plus en plus vite, courrons
tous ensemble voir ce monde meilleur. Mais les règles sont évidemment différentes
pour les peintres. Les instants qu'ils choisissent sont forcément liés à
une partie moins réelle, plus rêvée, plus inventée, mais l'univers sera
plus révolutionnaire, plus impressionnant que celui de ce coureur à la perche
suspendu un instant dans un vide inquiétant grâce à un fusil chronophotographique
qui permet, telle une arme à répétition, de fixer les images. Quelque chose
de fou se met en place, car le fait d'arrêter un mouvement, donc de l'isoler
dans le temps, relève aussi du désespoir.
Toutefois, la représentation des peintres est souvent reliée à un univers
qu'ils n'ont jamais connu ou vu, ils l'ont toujours imaginé. Ainsi une nouvelle
vision est donnée à la peinture, une nouvelle voie peut s'instaurer dans
des successions d'images. La Pluie, 1904, peinte par Michel Larionov est encore marquée par l'impressionnisme, la Sortie de théatre, 1909, de Carlo Carrà est déjà sur un autre versant pour décrire le mouvement, tout comme Soleil couchant sur le Dniepr, 1907, de Vladimir Baranoff-Rossiné. Ceux-ci semblent cependant marqués par les recherches sur la division
optique, influencés par la théorie de Chevreul, tendant à reproduire sur la toile un mouvement chromatique qui agit sur
notre vision en créant une certaine illusion et un certain mouvement. L'apparition
de la voiture est une véritable révolution, la liberté semble acquise à
l'homme et lorsque, en 1909, Marinetti publie " Mafarka le futuriste " où l'homme semble totalement libéré, il écrit dans un manifeste célèbre:
" Une automobile rugissante qui a l'air de courir sur de la mitraille est
plus belle que la Victoire de Samothrace". Marinetti, révolutionnaire dans l'âme, rêve de changer le monde et se jette dans
une aventure où il sera suivi par de nombreux poètes, musiciens, plasticiens
qui voient dans ses théories le moyen de bouleverser le monde. Tous veulent
conquérir un nouveau continent qui semble s'ouvrir pour le meilleur, et
certains artistes se lancent dans l'étude souvent passionnée, parfois rationnelle
des notions de dynamisme, de vitesse, de mobilité, et d'un univers mécanique
jusqu'alors négligé dans l'art. Entraîné dans cette aventure par Marinetti, tout le mouvement futuriste se met en place et semble essaimer en Europe,
depuis l'ltalie, à la manière d'une religion. Giocomo Balla traduit les préceptes de différents manifestes tout comme Umberto Boccioni, Gino Severini, Luigi Russolo et Fortunato Depero. De nouvelles données sont ainsi érigées dans le monde de la peinture tout
se déforme, la perspective change, les effets nécessitent les déplacements
de lignes de force, le dynamisme impose à la limite des couleurs différentes,
violentes, ou l'utilisation de tons complémentaires plus outrés, afin d'illustrer cette succession d'instantanés. La répétition
du sujet en différentes phases décompose la couleur qui revêt un sens plus
théatral, recomposé quelquefois par des effets de nuit où la lumière artificielle
crée également un apport virtuel supplémentaire. Les effets sont recherchés,
le côté artificiel accentué comme si ces simulacres picturaux devaient concourir
à un renfort qui pourrait servir à édifier la recherche d'une autre vérité
dans la peinture.
Tous semblent rejeter le statique au profit de la vitesse et ils s'insurgent
contre Baudelaire qui écrit ce vers célèbre " Je hais le mouvement qui déplace les lignes. " lls souhaitent fixer de manière quasi outrancière une représentation
simultanée sur la rétine dans une mise en page presque cinématographique.
Les plans sont resserrés sur les sujets, répétés à l'infini, dans un choc
visuel faisant appel à la mise en scène et à des plans différents pour amener
le spectateur à regarder dans tous les sens, comme s'il était désaxé. Rien
n'est fortuit, le spontané a fui la peinture, un nouveau dogme peut voir
le jour, Marinetti peut s'en donner à coeur joie, passer d'un pays à l'autre,
amener la bonne parole, manipuler l'injure ou l'invective, envahir le monde
qui semble, avec lui, perdre l'équilibre, prêt à le suivre dans une certaine
divagation verbale ou poétique, une logorrhée picturale ou musicale. Ceci
rejoint parfois l'art des ténèbres et la propagande futuriste passe d'un
pays à l'autre à la vitesse d'un ouragan. Tous veulent monter dans ce train
qui marche si vite qu'il faut déjà prendre l'avion pour comprendre ce qui
est arrivé, ou utiliser le téléphone pour se dire ce qui va se passer.
Dans ces années 1910, où tout se déploie, où les idées basculent, des artistes
appliqués à définir une autre peinture continuent cependant dans des voies
fort différentes. Vassili Kandinsky alimente son oeuvre d'une énergie farouche et tellurique(Esquisse l pour composition Vl1,1913); Fernand Léger se préoccupe alors du mouvement par des formes et des couleurs encore associées (Nature morte aux cylindres colorés, 1913); Alberto Magnelli revient dans ses Explosions lyriques (1917-1918), à une figuration que la violence des couleurs fait éclater;
Frank Kupka est attaché au plaisir du peintre dont il ne se départira jamais et ajuste
le mouvement à la douceur du pastel (Femme cueillant des fleurs, 1910-1911). Jacques Villon ou Raymond Duchamp-Villon sont attirés eux
aussi par tout ce qui signale le progrès mis en place en ce début de siècle
et décrivent dans l'analyse du galop d'un cheval ou dans le développement
de la forme mécanisée du Cheval majeur, 1914, le monde qui s'est mis en place. Mais certains, qui se disaient
proches du cubisme, vont quitter ce mouvement et se rapprocher des constructivistes
russes qui, eux, se sentent soutenus par une nouvelle idéologie qu'ils servent
avec délectation et religieusement car ils édifient, comme Tatline avec sa Tour sans fin, un monde qu'ils croient à tout jamais meilleur. De nouveaux matériaux
se mettent en place, le plastique ou le verre côtoient le bois, le métal
aluminium apparaît singulier, tranchant, brillant, sec, presque abstrait,
les fils tendus délimitent d'un point à un autre un espace qui devient Temps,
mais celui-ci garde un dynamisme, donc une vitesse. Alexandre Rodtchenko, El Lissitzky, Laszlo Moboly-Nagy, adhèrent avec passion à ce mouvement où tout semble tendu, arqué, mais
doit se plier à d'autres méthodes et lois; une réflexion nouvelle voit le
jour, tout doit parler de ce qui se passe dans cette société où tout devient
possible.
Parallèlement, Marcel Duchamp dont l'activité picturale résulte d'une méditation philosophique - les
thèses d'Henri Bergson sur le mouvement ouvraient alors de nouvelles perspectives - veut détruire
tout ce qui est relié à un art traditionnel. L'inattendu côtoie le monde
scientifique et il utilise cela pour créer un univers de révolte où le génie
se joue du dérisoire. La Roue de bicyclette, 1913, juchée sur un tabouret semble narguer les valeurs établies et parler de
l'absurdité et de la réalité du monde à venir. Il est accompagné en cela
par son ami Francis Picabia qu'il considère comme un " jeune épigone d'un mouvement déjà vieux ". Après des débuts influencés par l'impressionnisme, il a joute en effet
lui aussi des valeurs plastiques plus dynamiques et introduit alors la machine,
cette "fille née sans mère", dans la peinture.
Certains créateurs appliquent cependant à l'idée du mouvement une réflexion
plus philosophique où la peinture garderait ses droits de cité et constituerait
alors un rempart absolu à tous les abus, à tous les excès. Robert Delaunay fait la partie belle à celle-ci et la couleur s'associe avec joie et rythme
à des sujets de notre temps. Sonia Delaunay, sa femme, le suit sur un chemin à la fois identique et différent dans
un domaine qui nous apparaît aujourd'hui indissociable de l'histoire de
l'art. Ainsi, la rigueur s'installe de nouveau dans une peinture qui retrouve
l'espace mais veut fuir tout dogme qui la contraindrait à devenir conventionnelle.
Le mouvement s'illustre alors sans déplacement, par simple et efficace opposition
des couleurs et des formes et Kandinsky retrouve une voie où se brassent toutes ses connaissances. Léger, d'apparence plus statique parle toujours du mouvement dans de grandes
fresques murales. Auguste Herbin impose un univers froid et fortement coloré qui implique une loi et un
raisonnement à la peinture. Tandis que Josef Albers utilise avec raffinement les oppositions de couleurs complémentaires dans
des vibrations optiques dont nous avions quelques souvenirs, mais celles-ci
sont des formes géométriques, déjà contemporaines. La peinture semble alors
en suspens, en lévitation; les tons complémentaires impriment à la rétine
des zones de transition colorées instables, presque brouillées où la raison
s'accroche au plaisir de la lecture, toujours en éveil, mais dans une attitude
d'instabilité salvatrice.
Cependant nous sommes encore dans la peinture, dans ce support qui, depuis des siècles,
nous hante pour fixer notre mémoire car le support tactile est tellement
beau qu'il nous retient toujours. La sculpture en mouvement a davantage,
semble-t-il, de mal à s'installer dans un registre plus sûr, dans des formes
indiscutables. Elle fait d'énormes efforts pour investir le mouvement et
la spatialité, et investir ainsi les cieux. Alexander Calder apparaît, ludique, génialement bricoleur, ajustant au simple fil un bois
tourné ou un éclat de verre, le plus souvent des pétales de métal qui tournoient,
suspendus à un fil d'Ariane. Il est celui qui change tout, sans apparent
bouleversement, tout désormais semble se remettre en accord avec la nature,
cette nature où tout est en mouvement et que nous devons respecter dans
ses cycles. Dès lors, avec une idée si simple, c'est la sculpture qui tourne
autour du spectateur; elle devient mouvement lent et fascinant et l'ondulation
de la tête suit l'ondulation du mobile. Tout est réconcilié. Tout est changé.
Ainsi va le monde, fait de petites découvertes qui sont les vraies et seules
révolutions. Alexander Calder a déclenché à coup sûr de nouvelles idées, de nouveaux courants. Son art
pourtant s'installe difficilement dans les musées, dans les collections,
car la sculpture semble plus difficile à trouver un espace. Jusqu'alors
elle était davantage un art d'appoint statique, elle devient désormais un
véritable art en mouvement.
La peinture, quant à elle, à la même époque et dans cette même voie trouve
plus difficilement un appui, ayant parfois voulu par trop se rapprocher
de la photographie ou de ses praoccupations. Or, celle-ci a conquis le monde,
fixant à tout jamais nos souvenirs et trouvant ainsi son relais dans le
septième art. Comme l'écrit André Malraux, dans le Musée imaginaire: " 11 n'est pas singulier que cet art tout de gestes et
de sentiments, obsédé de théatre, finisse dans le cinéma... " Ainsi se vérifie de la même façon la célèbre parole de Rodin lorsqu'il écrivait " C'est l'artiste qui est véridique et c'est la photo qui est menteuse, car,
dans la réalité, le temps ne s'arrête pas ". Ainsi la sculpture prend-elle le relais dans le mouvement de la peinture,
elle devient murale, on peut la bouger manuellement, elle peut bouger naturellement,
elle peut aussi bouger à l'aide de moteurs, de l'électricité, cette fée
électricité qui a métamorphosé la vie de chacun d'entre nous. Après la deuxième
guerre mondiale, de nombreux artistes choisissent de nouvelles voies; ils
sont aussi techniciens, ingénieurs, dans tous les cas ingénieux. Ils veulent
vivre dans leur époque et en accord avec elle. Pour cela, on doit pouvoir
comprendre mais aussi manipuler ces diables de machines.
Une nouvelle révolution va apparaître, dénonciatrice du passé et pourtant
dans sa continuité. Les artistes sont de plus en plus reliés au monde contemporain
et ils utilisent sans fin les ressources nouvelles de la création scientifique.
L'art envahit la cité, il n'est plus oeuvre d'art pour collectionneur passionné,
égocentrique et égoiste, il est créé pour changer l'environnement, il prend
ses sources dans différents domaines mais il est aussi celui qui induit
de nouveaux passages, de nouvelles passerelles avec ce qui nous entoure
et participe à notre quotidien. Si tout semble lié, lions le tout. Ce que
les constructivistes s'étaient acharnés à faire, à créer, mais avaient dû
abandonner car lâchement abandonnés ou condamnés par ceux qu'ils avaient
suivi dans leurs utopies, les artistes du mouvement cinétique et optique
vont en prendre le relais. Rarement un art aura trouvé, à une époque donnée,
une pareille adhésion publique, pour être par la suite délaissé, comme s'il
devait prendre sa revanche et se cacher pour mieux ressurgir.
Dans les années 50, la Galerie Denise René défendra avec force cette nouvelle école dont les représentants sont toujours
les créateurs d'aujourd'hui. Tous voulaient alors trouver un apport complémentaire
à ce que pouvait être la recherche ultime d'une vérité picturale à travers
ce mouvement dont ils sentaient confusément qu'il est partie intégrante
de notre siècle, dont on ne peut se passer, après lequel on court, que l'on
cherche à rattraper lorsqu'il semble s'enfuir par un temps compté qui lui-même
est mouvement. Agam, Bury, Boto, Cruz-Diez, Demarco, Gersiner, Kowalski, Mack, Rickey, Schôffer, Soto, Takis, Tomasello, Tsai, Vardanega, Vasarely, Yvaral ... sont les témoins de ces années pressées où ils tentent de retenir,
construisant par un art plus technologique d'où la poésie n'est pas absente,
un monde vivant, coloré, vibrant des sons de notre époque.
Tous ces artistes " ont transformé l'image du mouvement dans l'art en un véritable mouvement ", écrit Frank Popper. En effet, I'introduction de matériaux nouveaux qui permettent des variations
optiques, dont Victor Vasarely est le pionnier, va définitivement révolutionner l'appréhension de l'espace
mural, tout comme le moteur obtient son droit de cité. Jean Tinguely va créer des " machines inutiles " jusqu'au bout du dérisoire; Nicolas Schoffer va ajouter la cybernétique, combinant la couleur, la lumière et les technologies
nouvelles; Takis va introduire l'élément magnétique, pour mieux "pénétrer les mystères cosmiques"; Pol Bury va animer ses oeuvres d'impulsions quasi imperceptibles pour mieux retrouver
les "Horribles mouvements de l'immobilité". L'art cinétique, prôné par Naum Gabo dès 1920, s'impose enfin, tant en sculpture qu'en peinture. Qu'il s'agisse
d'un mouvement réel, créé par le moteur ou la lumière (avec Heinz Mack, George Rickey, Piotr Kowalski, Martha Boto, Tsai, ou Gregorio Vardanega), qu'il s'agisse d'un mouvement virtuel créé par l'illusion optique (avec Agam, Carlos Cruz-Diez, Rafaël Soto, Luis Tomasello), le cinétisme obtient ses lettres de noblesse. Une quatrième dimension
est désormais envisageable pour cet art qui recherche la participation du public et s'intègre
à l'environnement urbain et social. Les oeuvres débordent le cadre de vie
traditionnel, elles sont désormais transformables, pénétrables, le spectateur
étant convié à ce système où la lumière, les effets optiques, les superpositions
de trames, le conduisent à faire partie intégrante de l'oeuvre en jouant
avec celle ci. L'humour s'inscrit dans leurs démarches, le jeu qu'ils inscrivent
dans leurs recherches, que revendiquent également Garcia Rossi, Le Parc, Morellet, Sobrino, Stein et Yvaral (réunis dans le Groupe de recherche d'art visuel), induit la participation
active de chacun d'entre nous pour cet art généreux qui continue de se préoccuper
de ce que Jean Tinguely clamait il y a encore peu de temps, dans la vie:
"L'unique chose stable, c'est le mouvement, partout et toujours".
Histoire de l'art - Arts/Sciences/Techniques/Technologies - ENSAD 1996/97