Collège International de Philosophie

Science, Art, Littérature : noeuds, faisceaux culturels et leur déploiement
Des correspondances : les Arts, les sens, les Sciences
Dans le prolongement des séminaires déjà présentés dans le cadre de cette direction de programme, nous développons cette année une réflexion pluridisciplinaire sur le thème des correspondances qui fut celui de Baudelaire, après Balzac et Swedenborg, avant René Ghil, Kandinsky, John Cage et bien d'autres. L'actualité de ce thème s'est manifestée récemment à l'occasion de colloques et de publications tels que De la différence des arts ( Ircam, mars 1997 ) ou les cinq sens de la création ( Champ Vallon, 1996 ), comme dans le renouveau d'intérêt pour les futuristes, pour Dada, pour Duchamp, ces pionniers de la multimodalité.
Premier rebond des recherches de Baudelaire et de Mallarmé, la correspondance des Arts inspira les créateurs à l'époque de la grande rupture, au début du siècle : le couple Blaise Cendrars/Sonia Delaunay, Mikilajus Ciurlionis, Marcel Duchamp, Wassily Kandinsky, Alexandre Rodtchenko, Luigi Russolo, Arnold Schonberg, Alexandre Scriabine, Stefan Themerson, Tristan Tzara et bien d'autres souvent méconnus. Un deuxième rebond se produisit, dans les années cinquante, aux Etats -Unis principalement, avec les héritiers de Marcel Duchamp : John Cage, Edgar Varese, Jasper Johns, etc.
Un nouveau rebond - décisif, peut-être - se développe aujourd'hui avec la mise en oeuvre par les artistes - mais aussi par les scientifiques - des nouvelles technologies du traitement de l'information, et cela dans deux domaines simultanément :
- Développement des sciences cognitives grâce à l'exploitation des systèmes de réseaux neuronaux permettant d'approfondir et de valider l'analyse neuro-physiologique des mécanismes perceptifs ( et plus particulièrement des phénomènes synesthésiques).
- Multiplication des expériences de création multimodale ( à but artistique, mais souvent aussi scientifique et technique) en particulier dans la manipulation des formes, des couleurs et des sons ( mais le toucher - et même l'odorat - interviennent aussi ).Des modèles plus précis et plus rigoureux viennent ainsi éclairer les mécanismes neuro-physiologiques de la sensation, de la perception et de la conceptualisation. Les artistes, comme les scientifiques - et les philosophes - peuvent, à leur tour en tirer profit.
Nous assistons ainsi à un jeu complexe de rencontres et d'hybridations, riches d'enseignements méthodologiques - voire épistémologiques - qui confortent l'option majeure de cette direction de programme : le refus de cette dichotomie des " deux cultures " dénoncée jadis par C.P Snow. Notre séminaire 1997, animé par Paul Braffort et Josiane Joncquel, fera donc le point sur ces développements anciens et récents, avec la participation de chercheurs, scientifiques, experts, critiques et artistes :Les séances du séminaire comporteront exposés, débats et présentations d'expériences et d'oeuvres " hybrides " et intéractives. Le programme s'établit ainsi ( mais des correspondances s'établiront aussi entre les séances en fonction de la disponibilité des intervenants ) :
mercredi 30 avril : Les correspondances, de Beaudelaire à Calvino
mercredi 7 mai : Perspectives neuro-physiologiques
mercredi 14 mai : La forme des sons, des goûts et des couleurs
mercredi 21 mai : L'arpège des parfums, la palette des cénesthésies
mercredi 28 mai : Perspectives de la multimodalité - Des changements dans la hiérarchie du sensible
Les séances ont lieu de 18 à 20 heures, à l'Amphi A, Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris