NÎMES : la colorimétrie au service de la restauration des biens culturels
Des témoignages de l'histoire restaurés avec art...
Le temps ronge inexorablement les biens historiques tels que bâtiments, fresques, statues, tableaux, mais aussi textiles, tapis et tapisseries. Le vieillissement naturel est accéléré par la pollution de l'air et de l'eau ainsi que par le rayonnement ultraviolet croissant. Les restaurations sont donc une course permanente contre le temps.Pour tisser un tapis, le travail d'échantillonnage des couleurs est la première démarche essentielle. A l'aide de brins de laine ou de soie de couleur, les liciers traduisent la palette de l'artiste et, quand il s'agit d'une restauration, les restaurateurs recherchent les tons de l'oeuvre déjà tissée. Ce travail de sélection permet de faire teindre la quantité de laine ou de soie nécessaire au tissage par l'atelier de teinture.
L'espace chromatique de Chevreul
Le système de classification des couleurs utilisé jusqu'à nos jours a été mis au point par Chevreul, chimiste français né en 1786 et mort en 1889. Ce système, sous forme d'un espace hémisphérique, présente à sa base un cercle de 72 tonalités dont chaque gamme chromatique est composée de 200 tons, ce qui donne un ensemble de 14 400 tons. Matérialisé par un magasin des laines et soies établi dans chaque manufacture, cet espace présente, d'une part, l'inconvénient de ne pas admettre l'introduction de coloris nouveaux, par exemple de forte saturation. D'autre part, la reconstitution des stocks est devenue difficile en raison de l'évolution rapide de la chimie tinctoriale et des supports de base en laine.En 1982, l'épuisement partiel et la désorganisation des réserves ont incité les liciers et les restaurateurs à faire appel à la recherche pour sauvegarder ce patrimoine. Le but était de réorganiser les magasins grâce à une classification unique des coloris dans toutes les manufactures.
La colorimétrie permet de créer...
Pour mener à bien cette tâche et dépasser les limites de l'espace de Chevreul, le projet NÎMES (Nuancier Informatique des Manufactures) se base sur les recherches scientifiques en psychométrie et en colorimétrie.Selon cette dernière, chaque couleur peut être caractérisée par une mesure, par exemple à l'aide d'un colorimètre, qui indique par Y le facteur de luminance et par x et y les coordonnées trichromes, qui permettent de déterminer à partir du diagramme de la CIE la longueur d'onde dominante de la couleur.La définition de tout point coloré à partir de trois critères associés (colorimétrie, optique physiologique et psychométrie) permet d'organiser un nouveau nuancier structuré de la manière suivante:
1. Cercle psychométrique des tonalités
2. Courbe psychométrique des clartés
3. Paramètres de saturation
Le nouveau système de couleurs NÎMES présente :
- 72 tonalités de base sur 72 panneaux isochromes (de même tonalité), classés de 0° à 355°.- une échelle de gris sur 20 niveaux de clarté, de 5 % en bas représentant le noir à 95 % en haut représentant le blanc.
- une échelle de saturation sur 20 niveaux, de 0 % à 100 % de chroma (saturation).
Un axe vertical noir blanc, appelé échelle des gris, représente les tons neutres. Toute droite perpendiculaire à cet axe présente des tons isophanes (de même clarté). Toute droite parallèle à cet axe vertical noir blanc affiche des tons isosaturés (d'égale saturation). Les échantillons de laine nouvellement codés sont présentés sur chaque page de tonalité en un triangle de désaturation où chaque ton pur de 100% de chroma est placé au niveau du gris d'égale luminosité.
NÎMES aboutit à une réorganisation homogène des coloris selon des critères colorimétriques et psychométriques. L'analyse de chaque échantillon de laine est effectuée à l'aide d'un colorimètre CR-100 Minolta, couplé à un ordinateur. Le développement s'effectue avec un CR-300, un logiciel spécifique fournissant les références d'échantillonnage perceptives et psychométriques: tonalité, clarté et saturation.
Les avantages de NÎMES
La nouvelle classification définie permet de répertorier l'ensemble des coloris utilisés (stockage physique des coloris en échantillons de laine) et de les mémoriser sous forme de banque de données (stockage informatique), ce qui facilite considérablement le travail d'échantillonnage des liciers.Le nuancier contient les 72 pages de tonalités que l'on peut consulter: elles présentent chacune 1600 échantillons. Pour la première fois, on établi des échantillonnages en ayant sous les yeux plusieurs espaces colorés de tonalités différentes. L'amélioration des conditions de travail est certaine. L'amovibilité des échantillons est un avantage pour les manipulations et les comparaisons.
Cette mémorisation des couleurs offre la possibilité de suivre le vieillissement des pigments, de retisser une oeuvre dans ses tons d'origine ou de faciliter la recherche d'une couleur ancienne pour les restaurations. Toute nouvelle teinture peut être intégrée dans ce nuancier, ce qui permet sa rénovation et son enrichissement.
Un système européen de communication de la couleur à portée de vue?
L'originalité de NÎMES réside dans le fait que ce projet ne propose pas une normalisation des noms ou des coordonnées à associer à un coloris, mais au contraire une mise en relation des systèmes d'organisation des couleurs tels qu'ils ont été développés dans différents pays (LST, NCS, Munsell, RAL, etc.). Ainsi pour la première fois, on peut discuter sérieusement de la mise en place d'un réseau européen de communication de la couleur.
... peuvent être conservés pour la postérité grâce à l'habileté artisanale et à la technique de mesure des couleurs la plus moderne.