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L'art tout au long du XXième siècle
a évolué vers une place de plus en plus grande
accordée à la communication, l'interactivité,
la performance, l'installation et la participation du public.
L'émergence d'une esthétique des arts technologiques
où les réseaux, les machines - interfaces, les
capteurs jouent un rôle de plus en plus important dans
les processus de création pose tout un ensemble de
questions, allant du statut de l'artiste à la nature de l'oeuvre.
Effaçant les anciennes catégories esthétiques
et culturelles les interfaces technologiques, principalement
dans les domaines des arts plastiques, se disséminent
selon des modalités sensorielles et extra - sensorielles,
utilisant des processus multi-modaux où la proprioceptivité,
la tactilité, l'émotivité, les attitudes,
deviennent formes, nouveaux indices du retour des sens. Les
installations multimédias ne reposent plus sur un médium,
mais sur des processus en action, en rétroaction, en
devenir. On assiste alors, à une disparition du support,
du substrat matériel. Où est passée la
Peinture, quand les machines se mettent à peindre ?.
Que devient la geste artistique à l'ère de sa
production numérique ?. Comment ces formes d'art concourent-elles
à l'émergence d'une nouvelle esthétique
?. Cette table ronde répond aux diverses interrogations
posées par l'usage des interfaces numériques
dans les arts technologiques, au travers de pratiques artistiques
contemporaines.
Lyotard, naguère, rappelait que la
fonction de la critique ou de la théorie consistait
à transformer " les toiles " ou tableaux en
" mots ". Il insistait ce faisant sur la fonction créative
de la théorie esthétique qui ne se contente
pas uniquement d'inventorier et de répertorier, mais
reconstitue le monde, à sa manière qui est celle
du langage. Cette fonction semble désormais dévolue
aux artistes contemporains qui utilisent et manipulent les
interfaces technologiques mises à leur disposition.
Leurs matériaux comme les formes sont des processus
et langages. Critiques autant qu'artistes, leurs oeuvres hybrides
sont autant d'esthétiques qui interrogent le monde.
Une nouvelle histoire de l'art semble s'esquisser. "Une autre
histoire de la peinture est possible, disait R.Barthes, qui
n'est pas celle des oeuvres et des artistes, mais celle des
outils et des matières ; pendant longtemps, très
longtemps, l'artiste, chez nous, n'a reçu aucune individualité
de son outil : c'était uniformément le pinceau
; lorsque la peinture est entrée dans la crise historique,
l'outil s'est multiplié, le matériau aussi ;
il y a eu un voyage infini des objets traçants et des
supports ; les limites de l'outil pictural sont sans cesse
reculées" . (L'Obvie et l'Obtus, p.194-195).
Il s'agit désormais de transformer en mots, une matière
dense, charnelle, épaisse, et de participer ainsi à
sa mise en scène, jusqu'à cette invisible pureté
du concept par des allers et retours liant le réel
au virtuel.
Les artistes de cette fin de siècle
ne se distinguent pas particulièrement des plus grands
noms des siècles passés. Les plus marquants
ont été précisément ceux qui ont
pu introduire des techniques et des matériaux nouveaux.
Tout comme le souligne justement Mario Costa "L'histoire des
arts est essentiellement l'histoire des moyens techniques,
de l'émergence de leurs possibilités spécifiques
de rendement, de leur capacité multiforme d'hybridation,
de leur influence et de leur réaction réciproques,
de leur triomphe et de leur décadence". Les ressources
technologiques d'une époque déterminent des
épistémès mais aussi bien des formes
artistiques. Les nouvelles technologies ne sont pas du tout
étrangères à certaines préoccupations
dominantes en art : elles favorisent la communication, elles
sont souples et adaptables à des considérations
subjectives, tout comme elles permettent d'atteindre un large
public. Mais, surtout, leur nature polymorphe favorise la
créativité. Le domaine des arts, historiquement
si proche du pouls d'une civilisation, ne peut rester imperméable
aux transformations du cadre instrumental, matériel,
immatériel et logique, qui caractérisent notre
époque. Jean - Paul Longavesne
Remerciements :
Nous remercions particulièrement
Mr. Jean Luc LORY, Directeur de la Maison SUGER pour son accueil.
Cet Atelier a reçu le soutien de la Maison SUGER
& du GRIP. Il s'inscrit dans le cadre des "manifestations
associées" à
ISEA 2000.
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