Esthétique et rhétorique des interfaces numériques

dans les arts technologiques

 

Jean - Paul Longavesne

Directeur du GRIP - Univ.Paris XI - Ensad

grip@cnam.fr

 

 

Résumé

 

L' art tout au long du XXe siècle à évolué vers une place de plus en plus grande accordée à l'interactivité, la performance, l'installation et la participation du public. L'émergence d'une esthétique des Arts Médiatiques où les machines-interfaces et les réseaux jouent un rôle de plus en plus important soulève la question du statut de l'artiste et de la nature de sa création. C'est alors, à une disparition du support ou du substrat matériel que l'on assiste. Où est passée la Peinture, quand les machines se mettent à peindre ? Que devient l'uvre d'art à l'ère de sa production numérique?. Comment ces formes d'art concourent-elles à l'émergence d'une nouvelle esthétique ?. Cette communication répond aux diverses interrogations posées par l'usage des interfaces numériques dans les arts technologiques, au travers des pratiques artistiques contemporaines.

 

 

INTRODUCTION



A de grands intervalles dans l'histoire de l'art, le mode de perception des sociétés humaines se transforme en même temps que leur mode d'existence. La façon dont le mode de perception s'élabore, le médium dans lequel elle s'accomplit, n'est pas seulement déterminée par la nature humaine, mais par des circonstances historiques, des mutations conceptuelles, des sauts technologiques, des ruptures épistémologiques. La façon d'envisager la matière, l'espace et le temps a considérablement évolué depuis le début du siècle. L'évolution de l'art moderne étant elle-même étroitement tributaire de ces modifications, il convient actuellement d'interroger les relations entre champs artistique, scientifique, technique et technologique. Au seuil du XXIème siècle, les cultures historiques subissent une mue décisive. En dépit d'une longue tradition les arts classiques, ne semblent plus répondre entièrement aux changements de notre société. Pour la première fois émerge un nouveau type de culture, hautement complexe : la culture médiatique et la technoculture, qui combinent le changement des télécommunications, les nouveaux traitements de l'espace et du temps et les mutations épistémologiques et philosophiques, pour susciter l'hybridation de nos systèmes de pensée et de création artistique. Changement de paradigme, le rapport à l'espace-temps se transforme. Bien qu'encore liées à des laboratoires universitaires ou corporatifs, les expérimentations artistiques associées au domaine des nouvelles technologies et du "virtuel" deviennent de plus en plus accessibles au grand public. De productions collectives, ces expérimentations se sont métamorphosées en productions individuelles. Leurs caractéristiques et intentions originales, privilégiant la participation et l'animation, font maintenant place à une médiatisation axée sur la circulation et l'interactivité entre le lieu, I'artiste, le spectateur et l'oeuvre.

Hypothèse

Le savoir et les technologies changent de statut en même temps que les sociétés entrent dans l'ère du tout numérique et les cultures dans l'age cybernétique. Cette transformation commence dès le début des années 80. C'est au cours des années 90 que l'on constate une accélération du développement des interfaces numériques. On assiste en effet depuis une vingtaine d'années à un changement de paradigme. Les savoirs scientifiques, technologiques, culturels portent sur le langage. Aux révolutions technologiques d'après guerre qui ont permis la mise en place d'une société de consommation, succède la mise en place d'une société de l'information et de la communication, société post-industrielle où le travail, le savoir faire compte moins que le faire savoir. Les sciences et les technologies portant sur la théorie de l'information, la génétique, les algèbres modernes, l'informatique, les théories linguistiques, les problèmes de traduction des langages et de communication homme/machine via des interfaces témoignent de l' évolution culturelle de notre société. L'incidence de ces transformations technologiques sur la culture et la création artistique est considérable. Avec l'hégémonie de l'informatique et du tout numérique, c'est une certaine logique qui s'impose.

De l'esthétique en général, des esthétismes en particulier

A tous les stades esthétiques se renouvelle l'antagonisme entre l'irréalité de l'image et la réalité du contenu historique, entre l'imaginaire et le réel. Dans les arts traditionnels, les images esthétiques ne sont pas immuables, ce ne sont pas des invariants archaïques. L'expérience subjective du créateur produit des images qui ne sont pas des images de quelque chose mais des images d'essence collective, bien que ce qu'il nous laisse voir semble, apparence des choses, une forme substance. C'est ainsi que l'art est en relation avec l'expérience des faits, prenant corps dans la réalité technologique du monde où la détermination des oeuvres par l'esprit, l'imaginaire est liée à leur définition comme phénomène apparaissant. Rendre visible l'invisible, tel fût le parcours de l'artiste. Rendre invisible le visible et vice-versa, tel est le parcours actuel de l'artiste contemporain, usant des nouvelles technologies, substituant à la dialectique classique opposant réel et imaginaire une logique ternaire ou le virtuel prend toute sa place. On assiste ainsi à l'ouverture de l'esthétique. A l'esthétique de la forme et du contenu de Hegel, Nietzsche, Wölfflin, Focillon à Greenberg en passant par Panofsky, Ehrenzweigh, s'adjoint des esthétiques relationnelles, communicationnelles, situationnistes, des esthétiques de processus. Ainsi dans les domaines de la création artistique, les princeps esthétiques ne sont plus la forme, le contenu, la mimésis, la vérité, le sensible, le visible, l'unicité, l'état affectif du spectateur et-ou de l'artiste, mais la communication, la surface, l'immersion, l'hybridation, la synthèse, le rhizome, le réseau, le temps événementiel, le temps accéléré, l'uchronie, le flou, le transitoire, l'éphémère, l'ambiguïté, l'identité, l'invisible, la reproduction, le collectif, le nomadisme, la diversité, l'installation, la performance, l'interactivité, la multi-modalité, l'échange, la participation, la circularité......

 

 

Modalités de la présentation :

Présentation institutionnelle

Utilisation de Power-Point et d'un projecteur vidéo multimédia avec accès au web